Afin de contribuer au développement culturel dans l’archipel, la Municipalité présente souvent des expositions d’artistes locaux dans ses bâtiments, notamment à la Bibliothèque Jean-Lapierre.

Du 6 mars au 29 mai 2022

À la Bibliothèque Jean Lapierre

« UNION, c’est une manière parmi d’autres d’exprimer ce qui se passe en-dedans. D’abord via LES SESSIONS, travailler de mes mains était devenu une forme de méditation quand la tête devait porter son attention sur autre chose que la dépression. Occuper les doigts m’a permis de transcender des moments difficiles. Chaque session, créée avec intention : guérir, survivre, assurer la filiation. Un processus méditatif, oui, certainement intuitif, et surtout libérateur : ré-unir, re-construire. Comment unir, rendre beau, honorer tous les fils, le raw, les déchirures, toutes les formes de matériaux neufs & récupérés, à l’extérieur comme à l’intérieur de moi. Comment SE re-construire, après, avec ce qui existait, avant. »

Définitivement plurielle et dans un processus inséré sur un chemin atypique, Christine Arseneault-Boucher explore les disciplines artistiques au gré des inspirations et des besoins que son corps nomme : l’écriture, la danse, le textile… Chez elle, l’intuition est à la fois reine et levier vers d’autres créations, et le multiple lui permet une adaptation à toute situation, à tout entourage, à toute croissance personnelle. Accueillir les mouvements intérieurs et extérieurs, elle croit que ça lui vient de ses ancêtres. De sa lignée de femmes résilientes, créatives dans l’adversité, et tant tellement inspirantes.

Le vécu féminin est au cœur de sa démarche artistique, de son quotidien : ses lectures en lien avec l’être-femme, qu’elles concernent les difficultés d’habiter son corps, son espace, son couple, les concessions tout comme les traumatismes. Aussi, comment s’en sortir, comment faire que l’inhabitable devienne à nouveau habitable, le processus et l’arrivée, cycliquement. Plus récemment, elle a exploré le paysage madelinot en lien avec l’absence de l’autre, l’écriture sur tissu comme témoignage du fil parfois ténu de la distance amoureuse, la création littéraire en parallèle avec la danse, se plaçant, selon, dans l’interprétation des lettres ou du mouvement. Chaque fois portée vers le corps féminin, mais aussi fortement touchée par les traces laissées sur celui-ci, qu’elles soient visibles par autrui, ou non.

La création, plus que de s’asseoir dans l’atelier où une œuvre jaillira éventuellement, plus que devant l’écran laisser les mots doucement apparaître sur la page. La création comme canalisée, quelque part entre catharsis et nécessité. Comment arrimer cette force-cette vulnérabilité comme courage de la femme-à la création et à ce grand désir de le faire avec mes mains. Et par ses mains toucher celles de sa mère, celles de sa grand-mère, celles de sa mère à elle. Des mains pleines de douceur malgré les crevasses et les fils qui s’y accrochent.

C’est ainsi que Christine AB voit notre monde : d’un regard de femme multiple, plurielle, nuancée, forte, ébranlée, que toutes les teintes habitent. Une femme cyclique que les rythmes font vibrer, ceux de la nature et les siens, ceux des astres et des fleurs qui ouvrent toujours au bon moment. Femme issue de femmes-arbres enracinées dont l’essence se transmet, d’un corps à l’autre, d’un utérus à l’autre, d’une fibre à l’autre, tel un fil conducteur, moyen d’ancrer le lien entre elles et elle.

Photo ©Antonin Monmart (Christine AB)